Desaparecidos

version française

[Publié dans Dictionnaire de la violence. Ed. Michela Marzano. Paris: Presses Universitaires de France, 2010]

La notion de disparition – existant de tout temps – implique en-soi l’absence d’un individu ou d’un groupe de gens comme on les retrouve à travers les récits historiques et littéraires. Originalement cette notion prit place durant le règne de l’empire romain, signifiant une disparition discursive ; la damnatio memoriae (littéralement « damnation de la mémoire » en latin) était pour le sénat romain, une manière de déshonorer les élites romaines et les empereurs étant reconnu coupable de traîtrise à la nation. Suite à cette mesure résultait la saisit de leurs propriétés et l’effacement de leurs noms inscrits sur les sculptures et les registres historiques. Or entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, le terme « disparus » vient alors à faire référence à la perte énigmatique de vies humaines, telle qu’il fut le cas pour Amelia Earhart, mais par contre, plus communément, cette expression finit par désigner le cas d’individus arrachés à leurs familles et leur communauté par l’entreprise d’un acte politique prémédité d’agression, tel qu’il fut le cas pour García Lorca, fusillé en 1936, et dont le corps fut par la suite jeté dans une fausse commune. La disparition, dans ce contexte, concerne ici spécifiquement la suppression volontaire d’une vie humaine qui serait doublée d’un effort parallèle, visant l’effacement de toutes traces ou détails relatifs aux circonstances de cet acte et à la vie qu’il visait.

L’invocation de cette expression en espagnol, desaparecidos, préserve d’ailleurs une référence spécifique à la disparition forcée d’un groupe de gens donné, à des fins politiques, et servira comme point de référence historique pour définir ce terme de manière plus contemporaine. Desaparecidos, d’abord utilisé durant la junte militaire de la guerre sale d’Argentine (1973-1986), est un terme reflétant les multiples vies perdues, causées par la répression politique sous la dictature militaire de Jorge Rafael Videla. Avant et pendant le règne de Videla, plusieurs gouvernements droitistes dominèrent le Cône d’Amérique du Sud des années cinquante jusqu’aux années quatre-vingts, et conjointement ces derniers, avec l’encouragement et le support de la CIA, organisèrent une campagne politique, Opération Condor (Operación Cóndor), visant d’une part à réduire la présence des mouvements de gauche ainsi que leur influence dans la région, mais aussi à désintégrer les processus démocratiques permettant à ces groupes de s’organiser et d’opposer résistance. Organisée au cœur des années 1970, Opération Condor fut une campagne politique secrète ayant fait usage spécifiquement de la disparition, comme d’un outil de répression physique, impliquant les services de renseignement et de sécurité de plusieurs administrations nationales : Videla en Argentine (1976-1981) ; Pinochet au Chili (1972-1992) ; Ernesto Geisel au Brésil (1974-1979) ; Breno Borges Fortes, en Uruguay (1972-1976) ; Hugo Banzer en Bolivie (1971-1978) ; et Alfredo Stroessner au Paraguay (1974-1987). Le 25 novembre 1975, organisée par le service militaire de renseignements d’Argentine, eut lieu la rencontre des différents services de sécurité de la Bolivie, du Chili, du Paraguay, de l’Uruguay et de l’Argentine, avec le chef des services secrets chiliens de la DINA (Dirección de Inteligencia Nacional of Chile), Manuel Contreras, qui a Santiago créa officiellement le « Plan Condor ». Le Brésil signera six mois plus tard. Ledit « plan » visait à promouvoir la coopération entre ces gouvernements dans leur lutte contre les mouvements d’allégeance gauchiste, mais également proposait de prolonger certains accords, déjà en place, faits entre plusieurs pays d’Amérique du Sud (ex. la Conférence des armées des Amériques à Caracas en 1973) pour mieux favoriser l’échange d’informations concernant ces mouvements de gauches et leurs membres. Il faut également remettre Opération Condor en son contexte historique, à la lumière de la guerre froide, et de la crainte du gouvernement américain qui craignait qu’advienne éventuellement une révolution marxiste ou gauchiste imminente dans cette région ; de là Opération Condor reçu l’approbation explicite des États-Unis, puisque des organisations telles que le ERP, les Tupamaros, le MIR et les Montoneros entrèrent dans les réticules du réseau de la CIA et de l’élite de droite du sud du Cone. Selon la journaliste française Marie-Monique Robin, auteure des Escadrons de la mort, l’école française (2000), le développement d’Opération Condor doit, en partie, être aussi attribué au Général Rivero, un officier des services secrets d’Argentine qui fut également un étudiant du gouvernement français. L’implication des services militaires français dans l’Opération Condor fut récemment mise en lumière. On découvrit par exemple que la Direction de la surveillance du territoire (DST) entraîna les forces de la sécurité de l’Argentine en matière de torture et de disparition entre 1973 et 1984. À cet effet, le Général Conteras affirmera que « c’est la DST qui a le plus coopéré. C’était un service de renseignement ami ». Ainsi, plusieurs agents impliqués dans la disparition ont reçu leur formation d’anciens militaires français, dont l’expertise en matière de torture fut développée pendant l’occupation française en Algérie. La preuve de cette coopération est, par ailleurs, bien documentée et démontrée par les « Vols de la mort », dont fit usage, dès 1976, la DINA chilienne et le SIDE argentin (Secrétariat d’Intelligence de l’État) pour assassiner un vaste nombre d’individus, sans laisser trace de leurs cadavres.

Aussi, plusieurs pays, qui ne furent pas directement impliqués dans les disparitions du Cône du Sud, y ont pris part indirectement. Par exemple, le Pérou a volontairement contribué à donner des informations secrètes aux services de sécurité de ces pays, et a également participé aux rencontres de 1975, à Santiago au Chili, pour l’élaboration du Plan Condor. À cet effet, d’autres preuves de cette coopération plurinationale furent trouvées le 22 décembre 1992, lorsque le juge paraguayen José Fernández découvrit les « Archives de la Terreur », document détaillant le sort de milliers de prisonniers politiques du Cône du Sud, dont la plupart avaient été kidnappés, torturés et assassinés par les services de sécurité de l’époque en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Paraguay et en Uruguay. Cette archive recensait 30 000 desaparecidos et démontrait plus avant la coopération des gouvernements de Colombie, du Pérou et du Venezuela à cette affaire. Puisque de par nature, la disparition se limite ontologiquement à ne pas laisser de traces physiques de l’existence d’un sujet (ex. pour ce qui est du corps, les registres historiques), le cas rare des « Archives de la terreur » reste exceptionnel, le nombre de victimes résultant d’Opération Condor est toujours incertain. Il est cependant clair qu’Opération Condor fit disparaître plusieurs dizaines de milliers d’individus jusqu’à la fin officielle de ses opérations, qui advint avec le renversement de la dictature argentine, en 1983. Dans les dernières années, plusieurs rapports de commissions nationales pour la vérité et la réconciliation ont cependant démontré des preuves des disparitions : pendant les 21 ans de dictature au Brésil il y eut 339 cas documentés d’assassinats politiques et de disparitions financées par le gouvernement en place ; en Uruguay, 180 cas documentés de disparitions ; au Paraguay il y eut 500 cas ; au Chili 3 000 personnes assassinées et 1 198 disparitions forcées ; et l’Argentine finit premier pays au rang des disparitions, avec un pointage évalué entre 8960 et 30 000 personnes.

Pendant la Guerra Sucia, en Argentine, la violence financée par l’état visait principalement les militants de gauche, les syndicalistes et les mouvements étudiants, et ce, principalement durant la dictature militaire, connue alors comme étant le « Proceso de Reorganización Nacional » (1976-1983), dirigé originalement par Jorge Rafael Videla. Plus tard, lors de la Guerre Sale, les présidents de cette dictature furent Carlos Lacoste (1981), Leopoldo Galtieri (1981-1982) et Reynaldo Bignone (1982-1983). Or la répression précéda et succéda la dictature de Videla. Déjà en 1973, et cela, avant même que Juan Perón retournât au pouvoir, le Massacre d’Ezeiza et le retrait du support de Perón envers le groupe gauchiste, les Montoneros, donna naissance à un escadron de la mort, paramilitaire et d’extrême droite, nommé l’Alliance Anticommuniste d’Argentine, alors que siégeait à la présidence Isabel Martínez de Perón. Les conflits armés continuaient en Argentine et le groupe guévariste, formant l’Armée Révolutionnaire du Peuple (Ejército Revolucionario del Pueblo, le ERP), était actif dans la province de Tucúman, ainsi en 1975, 137 militaires en service furent assassinés par des groupes de gauche. La même année, Isabel Martínez de Perón, désignée par Videla comme commandante en chef de l’armée argentine, fit alors l’annonce, devenue aujourd’hui célèbre, que : « Mourront autant de gens qu’il faudra pour que l’Argentine redevienne sécuritaire. » Videla commença plus tard à soutenir ouvertement les escadrons de la mort après le reversement du gouvernement Perón le 24 mars 1976. Bien que l’assassinat ciblé de syndicalistes fût monnaie courante pendant la Guerre Sale, la disparition est devenue alors lentement l’outil de répression dominant. Même si beaucoup croient que Jorge Ricardo Masetti, leader de l’Armée guérilla du peuple (EGP), fut le premier desaparecidos argentin (en 1964), la disparition ne fut ni utilisée fréquemment, ni stratégiquement, comme forme de répression politique avant la dictature de Videla. Visant les étudiants et les syndicalistes, la dictature de Videla désignait cette persécution systématique du peuple argentin comme étant le « Proceso de Reorganización Nacional ». De facto, le président-général Videla a même un jour annoncé dans une célèbre conférence de presse, à l’époque du gouvernement militaire qu’il dirigeait en Argentine : « Ils ne sont ni vivants, ni morts, ils ont disparu. » Ainsi, tout nous laisse croire qu’en Argentine, entre 1976 et 1983, jusqu’à 30 000 personnes (9 000 cas nommés et vérifiés, selon le rapport officiel de la CONADEP) furent les sujets de disparitions forcées.

Une disparition forcée implique un meurtre, de même qu’elle implique une incertitude liée à ce meurtre, mais aussi à la location et l’identification du corps une fois la victime kidnappée, illégalement détenue, puis souvent torturée et assassinée, son corps étant ensuite jeté ou caché. D’après le code légal de plusieurs pays, la « disparition » du corps crée une lacune favorable aux oppresseurs ; ceux-ci pouvant ainsi dire qu’il n’y a aucune preuve d’acte répréhensible. Durant la Guerre Sale d’Argentine, c’était alors un lieu commun pour la police d’annoncer à certaines familles que leur enfant avait quitté le pays pour voyager en Europe, niant ainsi la réalité même de la disparition. Les méthodes de disparition en Argentine consistaient d’abord à se faire kidnapper et à se faire emprisonner dans l’un des 375 centres de détention du pays, être ensuite torturé, puis finalement se faire jeter vivant, parfois drogué, d’un avion passant au-dessus de Rio de la Plata et de l’océan Atlantique, ou encore, être enterré dans l’une des fausses communes dispersées aux quatre coins du pays. On tolérait que les femmes portent leur enfant jusqu’à terme et après avoir donné naissance – les yeux bandés, ordinairement – ces femmes étaient assassinées. Leurs enfants étaient alors volés et donnés, la plupart du temps, à ceux qui participèrent à la disparition de la mère (ou connaissaient son sort), et ces enfants, grandirent jusqu’à l’âge adulte avec leur famille d’adoption avant de connaître, par le biais de coïncidences médicales ou d’informations rapportées, leur véritable identité.

Les enquêtes concernant les desaparecidos furent ouvertes dès les premières années de la Guerre Sale, par des groupes de mères se présentant alors sous le nom des « Madres de plaza de Mayo », une association originalement formée par 14 femmes dont les fils et les filles avaient disparu. Leur première manifestation prit place devant le palais présidentiel le 30 avril 1977, à la Plaza de Mayo de Buenos Aires. Encore aujourd’hui ces Madres continuent leur activité politique pour préserver la mémoire de leurs enfants disparus et pour réclamer justice ; elles se rassemblent donc chaque mercredi munies d’un mouchoir blanc – leur signe distinctif – sur la tête pour représenter la recherche des disparus. Immédiatement après la Guerre Sale, la Comisión Nacional sobre la Desaparición de Personas, CONADEP, fut créée par le président Raúl Alfonsín le 15 décembre 1983, pour investiguer ce que fut le destin des desaparecidos issus de la dictature militaire. La CONADEP, présidée par l’écrivain argentin Ernesto Sabato, évalua le nombre de disparitions à environ 9 000 personnes de 1976 jusqu’à 1983, notant que ce nombre était susceptible d’être, en réalité, beaucoup plus élevé. Le Human rights Organisations, lui, évalue ce nombre à 30 000 dans la recherche documentée du rapport nommé Nunca Más (Plus Jamais), présenté à Alfonsin le 20 septembre 1984, et qui permis enfin d’entamer le procès des juntes militaires. Ce rapport indique également qu’approximativement 600 personnes « disparurent » et que 458 furent assassinées par les escadrons de la mort du AAA (l’Alliance anticommuniste d’Argentine) sous le gouvernement de Perón (1973-1976).

L’organisation des Abuelas de Plaza de Mayos (grands-mères de la place de Mai) fut formée plus tard, en 1977, par les mères des mères de ces enfants pour qui la disparition fut double. Il eut environ 500 enfants nés de desaparecidos et de ce fait, ces hijos sont considérés disparus, kidnappés. En 1996, le H.I.J.O.S. (Enfants pour l’identité et la justice contre l’oubli et le silence), fut fondé par les enfants des disparus et par les Argentins dits « hijos por la compasión » (enfant pour la compassion) pour découvrir la vérité en ce qui a trait à ces vies volées. Entre l’action des Abuelas, du H.I.J.O.S., des anthropologues d’expertise et du Banco Nacional de Datos Genéticos de l’Hôpital Durand, 87 hijos ont été localisés et réintégrés dans leurs familles, les restes de plusieurs disparus ont été trouvés et identifiés, de même que plusieurs responsables furent traînés en justice. H.I.J.O.S. continue son travail politique à travers d’escraches, sorte de manifestation qui résulte en une performance populaire déplorant les injustices, devant les maisons des leaders militaires n’étant pas encore emprisonnés ou qui furent condamnés à un isolement carcéral à domicile. Au procès de l’ex-Navy Capitaine Alfredo Astiz, aussi connu comme « l’Ange blond de la mort », H.I.J.O.S. fut également présent. Avec les caméras de télévision braquées sur Astiz, qui fut connu pour avoir infiltré les Madres de Plaza de Mayo et avoir fait disparaître deux de leurs leader, les manifestants crièrent au meurtre en lançant des tomates pourries à ce dernier. De toutes les organisations formées dans l’après-coup de la Guerre Sale d’Argentine, ayant pour but de récupérer la mémoire des disparus, Memoria Abierta est la plus visible des organisations non-gouvernementales, qui rassembla les témoignages de droits humains bafoués au détour d’archives auditives et visuelles. Memoria Abierta a présentement l’initiative de construire un « espace de mémoire, de promotion et de défense des droits humains » sur le terrain de l’École Supérieure de Mécanique de la Marine (ESMA), qui fut à l’époque un centre de détention où plus 5 000 Argentins disparurent. En Espagnol, le mot desaparecer signifie l’action de disparaître : Ellos lo desaparecieron (« ils l’ont disparu »). Le terme « disaparecido » maintient encore aujourd’hui un lien avec les disparus du Cône du Sud.

Le terme « disparition », employé par le OAS dans la Convention interaméricaine sur la disparition forcée de personnes (1994) renvoie précisément à certaines disparitions ayant eu lieu durant un conflit armé et peut même, selon eux, constituer un crime de guerre. Le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, entrant en vigueur le premier juillet 2002, faisait une utilisation effective du terme « disparition forcée » pour qualifier celui-ci de crime contre l’humanité, n’indiquant nul statut de limitation. Le 20 décembre 2006, le United Nations General Assembly adopta la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, en signalant également que la pratique systématique de la disparition forcée constituait un crime contre l’humanité, et de fait, mit en place certains droits disant que les familles doivent recevoir de l’information concernant la disparition de leurs êtres chers, que les enfants nés lors d’une captivité doivent être retournés à leurs familles, et que les victimes ont le droit de demander réparation. Fondée en 2007, la Coalition internationale contre les disparitions forcées (ICAED) renforça sa convention de 2006 en rassemblant de l’information au sujet des disparus, auprès de leurs familles et de divers ONG (organisation non-gouvernementale) travaillant pour contrer la pratique de la disparition à l’échelle locale, régionale et internationale. En mars 2009, l’ICAED avait accumulé plus d’une quarantaine d’organisations-membres de partout à travers le monde. Finalement, la Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos (FEDEFAM) qui fut fondée en 1981 au Costa Rica, créa en 1983 une journée de commémoration annuelle à l’attention du sort des disparus, ayant lieu tous les 30 août : la Journée Internationale des disparus.

 

Les disparitions forcées ayant lieu dans toutes les régions du monde, la liste des cas suivants, bien qu’extensive, reste incomplète.

 

La démographie figurée de l’Algérie démontre que près de 90 000 Algériens ont disparu chaque année entre 1866-1872. Olivier Le Cour Grandmaison prouva que la France poursuivit une politique d’extermination contre les Algériens durant le XIXe et le XXe siècle, faisant disparaître près du tiers de la population algérienne.

• Pendant la guerre civile d’Algérie, qui débuta en 1992, les guérillas islamistes furent accusées d’avoir fait disparaître des milliers de gens (le nombre exact est toujours disputé au sein du gouvernement). Les derniers calculs indiqueraient au total 6 000 disparus.

• Rio de Janeiro est une ville où beaucoup de citoyens manquent à l’appel. Depuis 1993, comme l’indiquent les registres de polices, plus de 10 000 personnes auraient disparu. Les rapports médiatiques suggèrent que la majorité de ces disparitions furent causées par des trafiquants de narcotique, de policiers corrompus et des escadrons de la mort.

• En Tchétchénie, on estime 5 000 disparus depuis 1999. L’on croit que plusieurs d’entre eux auraient été enterrés par douzaine, de manière anonyme, dans des fausses communes.

• En Colombie, l’AUC (groupe militaire de droite) et l’armée colombienne ont fait disparaître au moins 7 000 personnes selon le gouvernement. Plusieurs croient que le nombre véritable de disparus correspondrait au double de ce chiffre.

• Durant le conflit armé du Salvador (1980-1992), il y aurait eu entre 8 000 (statistiques non-gouvernementales) et 2 270 (statistiques officielles) cas de disparition, en incluant les enfants.

• Lors de la deuxième guerre mondiale, l’opération Nacht und Nebel (“nuit et brouillard” en allemand) dirigé pas Hitler lui-même, visa à kidnapper les activistes politiques et les membres de la résistance venant de tous les territoires occupés par l’Allemagne nazi. Les prisonniers du Nacht und Nebel, provenant de France, de Belgique, de Norvège et des Pays-Bas, étaient habituellement arrêtées au beau milieu de la nuit, conduits en prison sans aucun interrogatoire préalable, pour éventuellement finir dans des camps de concentrations (souvent Nazweiler ou Gross-Rosen). Depuis le 30 avril 1944, nous savons qu’environ 7000 personnes furent capturées pour ensuite disparaître sous ces ordres.

• Au Guatemala, depuis 1960, plus de 45 000 disparitions ont été recensées, la plupart en provenance de petits villages, entre 1978 et 1986, lors des campagnes contre-insurrectives menées l’encontre des groupes indigènes et des guérillas.

• En janvier 2009, un rapport publié par Ensaff, une ONG indienne pour les droits humains, montre des preuves accablantes démontrant une vague de disparitions massives dans l’état indien de Penjab, au début des années 1990, lors d’opérations régionales visant à contrer l’insurrection.

• Pendant et après les manifestations étudiantes de 1999 en Iran, plus de 70 étudiants furent reportés disparus. Durant ce qui fut nommé la « Green Révolution » (ou la « Révolution Twitter », en raison du fait que les protestants communiquaient principalement par le biais de Twitter), mouvement né le 13 juin 2009 en réaction aux élections présidentielles de 2009, qui furent alors suspectés de fraude, on reporta également des disparus.

• En Iraq, sous le règne de Saddam Hussein, dix milles personnes ont disparu : la plupart durant « Opération Anfal », campagne amorcée contre le peuple kurde d’Iraq, conduit de 1986 à 1988. Amnistie Internationale collecta les noms de plus de 17 000 personnes disparus en 1988 seulement. Il est possible que le nombre total de disparus soit au-delà 100 000 personnes.

• Au Maroc, la disparition fut fréquemment utilisée durant le règne d’Hassan II pour refouler la résistance des Sahrawis et du front Polisario, venants de « territoires contestés », pour être emprisonnés à Tindouf en Algérie, ou encore dans des camps de détention du Maroc (ex. Tazmamart et Cercel Negra). Après le relâchement éventuel des centaines de prisonniers Sahrawis, dans les années 1990, toujours 500 disparus manquent à l’appel.

• De 1977 à 1983, une série de 17 kidnappings fut performés sur des citoyens japonais, de l’intérieur du Japon, par des agents gouvernementaux de Corée du Nord.

• Durant « les Troubles » de l’Irlande du Nord, la disparition fut utilisée sur des individus spécifiques de 1972 jusqu’à 1985, et selon le « Independent Commission for the Location of Victims Remains », il subsisterait toujours 15 cas connus de disparitions, dont seulement 6 corps furent retrouvés jusqu’à aujourd’hui.

• Selon les organisations pour les droits humains et le BNP (Parti national baloutche), au Pakistan, dans la province du Baloutchistan, les militaires firent disparaître des centaines de gens. 3 000 auraient disparu depuis l’an 2000. Le ministre intérieur admit personnellement que 4 000 personnes furent arrêtées depuis 2005.

• Une nuit de décembre de 1984, à Putis au Pérou, près de 100 indigènes furent forcés de creuser leur propre tombe avant d’être exécutés par les armes automatiques de l’armée péruvienne. Entre 1980 et 2000, on croit qu’à eut lieu 15 000 disparitions d’indigènes au total.

• Pendant la présidence de Ferdinand Marcos, plus 1 500 personnes disparurent, dont 500 cas de disparitions enregistrées entre 1975 et 1980, et pour lesquels ce dernier fut trouvé coupable par la cour hawaïenne en 1994. Le 30 Août 2007, lors de la Journée Internationale des Disparus, des centaines de Philippins, supporteurs et proches de ces desapareicidos, et dont la plupart étaient activistes, se sont vues « disparaître » par les forces de sécurité philippines.

• On utilisa les techniques de « damnatio memoriae » – comme il était coutume de le faire dans l’empire romain – durant les Grandes Purges (1936-1938) de l’union soviétique, pendant le règne de Khrouchtchev. Les traîtres se voyaient retirés des photographies, puis effacés des livres et des registres historiques, et leurs diverses représentations dans l’art public étaient également retouchées ou détruites. Ces disparus furent réinscrits comme s’ils n’avaient jamais existé.

• Le phénomène des disparitions, au Sri Lanka, bat tous les taux mondiaux. Le rapport des United Nation de 1999 disait que, depuis 1980, 12 000 sri lankais se sont vus disparaître par les forces de sécurité. Le gouvernement du Sri Lanka, lui, rapporte 17 000 disparus.

• De 1992 à 1996, eut lieu en Tunisie une sévère répression politique qui engendra un bon nombre de disparitions, tel que le documenta Amnistie Internationale dans son film Au nom de la sécurité : atteintes aux droits humains en Tunisie (2008).

• Les forces de sécurité turques furent accusées d’avoir fait disparaître plus de 1 500 civiles kurdes, dans les années 1980 et 1990, dans leur tentative de lutter contre le PKK. En 2009, plusieurs fausses communes excavées semblaient contenir un bon nombre de ces disparus, mais néanmoins, certaines organisations telles que Les Mères du Samedi soutiennent toujours que les investigations visant à trouver les disparus turcs ne furent pas suffisamment extensives.

• Après le 11 Septembre 2001, des milliers de musulmans furent arrêtés selon les mesures prisent par les USA dans leur ” Guerre contre la terreur”, plus de 14 000 de ces hommes sont toujours portés disparus et ceux-ci, font l’objet d’une enquête menée par l’ACLU (Union des Libertés Civiles Américaines) depuis janvier 2004. Avec la création de Homeland Security en septembre 2002, on implanta le Système d’enregistrement d’entrée et de sortie du territoire aux fins de sécurité nationale (NSEERS aka « L’enregistrement spécial ») – qui requière que certains mâle non-citoyen de plus de 16 ans, ayant des visas étudiants, touristiques ou de travail, en provenances de 25 pays différents (tous arabo-musulman l’exception de la Corée de Nord) – doivent se voir relever leurs empreintes digitales, pour être ensuite photographiés et interrogés, avant de pouvoir entrer au États-Unis. Cet enregistrement spécial, doublé d’une lacune légale, à créer à travers le state of exception – le Patriot Act, une suspension « exceptionnelle » du habeas corpus. De plus, la réforme du temps de Clinton sur l’immigration clandestine et la loi sur la responsabilité de l’immigrant de 1996 – autorise derechef la détention et l’interrogation de ces hommes. De là, n’importe qui étant suspecté de pratiques malfaisantes (ex. posséder un visa périmé, par exemple, comme c’est le cas à 80 % du temps) peut être détenu indéfiniment. La disparition des inscrits spéciaux (à 95 % musulmans) peut alors prendre deux formes : il y a les disparitions identitaires et les disparitions somatiques. Soit ces hommes sont confinés à des détentions et des déportations secrètes, ou encore, ils sont détenus durant plusieurs heures avant d’être relâchés, sans papiers d’identité, en attente, indéfiniment, de leur audience devant un comité de déportation, forcés de vivre au cœur d’un pays où l’identification est centrale à toutes interactions économiques et sociales. En plus des centres de détentions outremer – connus sous le nom de « sites noirs », où l’on garde, torture, interroge et faisons disparaître les combattants étrangers capturés à l’étranger – qui sont une partie importante de « l’extraordinary rendition » américaine, le gouvernement étatsuniens se sert de centres de détention fédéraux pour faire disparaître, de manière physique et bureaucratique, les inscrits spéciaux. Des communautés musulmanes comme celles de Coney Island Avenue et celle d’Avenue H à Brooklyn, ont perdu la moitié de leurs membres durant les mois qui suivirent le 11 septembre. Depuis le 11 mai 2003, l’administration Bush a amassé de l’information sur plus de 85 581 personnes. Pour au moins 13 153 d’entre eux, la collecte s’effectua durant leur audience pour se faire déporter.

• Dans l’ex Yougoslavie, la disparition, là aussi, fut un phénomène commun. Approximativement, 25 000 disparus ont été engendrés durant le conflit impliquant, la Bosnie, l’Herzégovine et la Croatie, de 1991-1995.

• Il résulte approximativement 3 000 disparus du Gukurahundi : conflit armé entre le Front patriotique de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – la ZANU PF – qui constituait le gouvernement de la République du Zimbabwe, et les Ndébélés du Zapu (l’Union du peuple africain de Zimbabwe).